De la communication aux masques réutilisables : «On voulait s’aider et aider notre pays»

Dans l’Hérault, une entreprise de communication visuelle s'est lancée dans la confection des masques réutilisables pour tenter de se maintenir à flot.

Rayés ou fleuris, avec le museau d’un chat ou celui d’un tigre, avec ou sans logo d’entreprise… Les masques réutilisables de Duo Display sont personnalisés à la demande et dotés d’une pochette dans laquelle ils se glissent. Une innovation astucieuse que cette PME, basée à Lansargues (Hérault), a conçue en avril lorsqu’elle s’est lancée pour la première fois dans la confection de masques. «On voulait s’aider et aider notre pays», résume Nicolas Crestin, directeur marketing, dans les locaux quasi déserts de l’entreprise.

Une planche de salut

La crise sanitaire a mis à genoux ce spécialiste de la communication visuelle, passé maître dans la création de stands pour salons professionnels internationaux. Avant la crise sanitaire, Duo Display utilisait le tissu comme support de sa communication visuelle. Fabriquer des masques, c’était une planche de salut. Aussi mince et fragile fût-elle, elle a permis de mettre à profit le talent créatif et les savoir-faire de l’entreprise dans les tissus imprimés et d’avoir un peu de travail. C’était aussi, en pleine pénurie, un moyen de secourir des professionnels de santé. «La pharmacie de Lansargues a été notre premier client. On a démarré en lui fabriquant une centaine de pièces par jour», confie le directeur. L’entreprise a ensuite fait un don de mille pièces à l’institut Saint-Pierre, un établissement de soins pour enfants, avec lequel elle a un accord de mécénat. Et a vite reçu des commandes pour des milliers de masques.

Le choix du réutilisable ? Une évidence pour la PME. «Déjà, on ne les voit pas dans la nature !» s’exclame Christine tout en contrôlant la finition des produits, effarée de voir des masques jetables abandonnés un peu partout. «On s’est toujours positionné dans une démarche environnementale, dans tous nos cahiers des charges, explique Nicolas Crestin. On récupère les châssis en alu des stands pour les réutiliser des centaines de fois, on recycle nos visuels, on a le label Imprim’vert [label des imprimeurs respectueux de l’environnement, ndlr].»

L'entreprise Duo Display s'est spécialisée dans la fabrication de masques personnalisés.Duo Display compte produire 200 000 masques par mois. Photo David Richard. Transit pour Libération

Des masques en tissu lavables 20 fois – bientôt 50, si l’autorisation demandée arrive –, cela s’imposait. L’intérêt est aussi de créer de la valeur ajoutée, dans l’univers impitoyable d’une industrie textile dominée par la Chine, capable de produire plus de cent millions de masques à usage unique par jour, pour un coût dérisoire. A l’inverse, Duo Display fait de son masque réutilisable un accessoire chic ou amusant, qui peut s’arborer dans une réunion de travail ou une soirée et servir de support de communication à l’employeur. «Le prix de vente est de 3 à 6 euros en moyenne, selon la personnalisation et le volume demandés, mais à diviser par le nombre de lavages», détaille le directeur marketing. De quoi concurrencer le jetable.

200 000 masques par mois

Mais «il a fallu un mois pour obtenir les autorisations», râle Philippe Beille, PDG de la PME héraultaise qui n’a pu démarrer la fabrication que début mai. L’équipe lansarguoise a mis tout son savoir-faire dans ce produit. Elle a choisi le tissu ad hoc parmi ses fournisseurs habituels, un polyester fabriqué par Malterre, une entreprise textile innovante implantée dans la Somme (Hauts-de-France). Aux normes sanitaires, il filtre plus de 90 % des particules de 3 microns. Dans les vastes ateliers de Duo Display, les masques se fabriquent en quatre étapes : impression sur papier puis sur le tissu, sans solvant, découpe à plat sur une immense machine à commande numérique, et pour finir, la confection dans un bureau aménagé avec huit machines à coudre et des couturiers recrutés tout exprès.

Pour Sylvie, habile à coudre les ourlets, la pochette et les élastiques en moins de deux minutes par pièce, «ces masques réutilisables, c’est pratique – pas besoin de les repasser et ça se range dans une poche –, et c’est moins de pollution». L’entreprise a produit jusqu’ici 50 000 pièces, principalement pour des agences de communication promotionnelle. Elle est en capacité d’en produire jusqu’à 200 000 par mois et pourrait voir son carnet de commandes vite se remplir, la ministre du Travail, Elisabeth Borne, ayant annoncé que le port du masque allait devenir obligatoire dans les entreprises. Pas la panacée pour une société qui réalisait, en 2019, un chiffre d’affaires de 14,5 millions d’euros avec 130 salariés, en majorité à l’international, et qui s’efforce aujourd’hui de se diversifier pour sauver sa peau. Outre la fabrication de masques, l’entreprise se tourne aussi vers le marché de la décoration intérieure.

Article paru dans Libération, le 19 août 2020
Photos : David Richard

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